mercredi 18 février 2015

Checkpoint Charlie, Berlin. La frontière entre lieu de mémoire et attractivité commerciale




Hier, Checkpoint Charlie, un de trois postes-frontière dans le Berlin fractionné, fut l’un des symboles d’une division internationale liée à la Guerre Froide. À cet endroit, les deux principaux acteurs du conflit se firent face. Cette confrontation se manifesta même de façon inquiétante, notamment lors du face-à-face entre tanks américains et tanks soviétiques.

Aujourd’hui il ne reste plus rien de l’ancien poste de contrôle dont la célèbre guérite est conservée en banlieue au musée des alliés. Par le contraste entre son passé et son présent, Checkpoint Charlie se trouve au cœur de polémiques opposant le côté historique à la vision touristique.

Le lieu est considéré comme l’une des attractions incontournables de Berlin. On y trouve tout ce qu’un touriste recherche. Vous voulez un souvenir « original » ? Pour quelques euros, prenez une photo avec des figurants en uniformes militaires. Vous voulez un chapeau militaire soviétique ? Cherchez dans les boutiques souvenirs de la rue et chez les nombreux marchands ambulants. Vous voulez manger ? Choisissez un des nombreux fastfoods présents – Macdonald, Allied hot dogs, Checkpoint curry sausage, … Vous pouvez même prolonger votre expérience chez vous avec les nombreux livres et films inspirés de ce lieu.

A l’opposé, certaines voix se lèvent contre cette exploitation touristique. En effet, l’organisation actuelle de ce site est considérée comme indigne pour Vernon Pike, Colonel de l’armée américaine au Checkpoint Charlie, comme « disneyland » pour Michael Braun, porte-parole des affaires culturelles de la CDU, comme moquerie de mauvais goût pour Thomas Flierl, ancien sénateur à la culture. Cette marchandisation du lieu de mémoire attriste et agace les personnes qui sont attachées à son histoire.

Pour se détacher partiellement de ce mouvement touristique, deux visites pourraient être intéressantes: celle du Pavillon d'informations sur l'histoire du poste frontière et futur musée de la guerre froide né d’une initiative internationale la : Black Box, et celle du Mauer Museum fondé en 1962 par des militants des droits de l’homme pour protester contre la construction du mur.


Mathilde Grosjean

mardi 13 mai 2014

BERLIN : Polémique autour du projet d’un nouveau musée ethnologique, Le Humboldt Forum.



L’ouverture du nouveau « Musée Vaudou » dans l’ancien château d’eau de la gare centrale de Strasbourg est l’occasion d’élargir le regard vers une autre ouverture annoncée mais nettement moins discrète ; celle du Humboldt Forum de Berlin. Ce projet doit faire face à des opposants virulents comme l’organisation, No Humboldt 21 qui reproche au futur ensemble de « porter atteinte à la dignité humaine ».
D’un côté une initiative privée qui, autour du thème « vaudou », souhaite sensibiliser à petite échelle le public à des cultures africaines mal connues. De l’autre un musée public possédant une importante collection d’art africain que l’on prévoit d’installer dans le château des Hohenzollern reconstruit au centre de Berlin c’est-à-dire au sein de l’un des pôles historiques du colonialisme et de l’esclavagisme allemand. Cette localisation est jugée irrespectueuse d’autant que le musée est associé à un pôle plus vaste destiné à redonner au pays le leadership culturel en Europe. Des questions de fond sont ainsi posées sur l’éthique de l’ethnologie dans le domaine muséal, tels que l’absence de regard critique sur le contexte colonial de la collecte, la restitution d’objets, le recours à une muséographie ethnocentriste…
Est-il raisonnable d’associer un Musée impliqué dans un lent travail de mémoire du colonialisme, un sujet encore sensible aujourd’hui, à un projet politique préoccupé de grandeur nationale ? Il est en tout cas dommage que la réalité d’un projet scientifique et culturel muséal soit occultée par de telles ambigüités. A trop vouloir polémiquer on en oublie que la véritable fonction universelle d’un musée porte sur la sauvegarde et le partage de connaissances, et ceci en toute neutralité.

Claudia DAPINO



lundi 5 mai 2014

Musées de tout et de n'importe quoi ?


Musée des toilettes en Inde, de la tondeuse à gazon au Royaume-Uni, de la nouille instantanée au Japon,... L'ouverture de musées s'est beaucoup développée au cours des dix dernières années dans le monde avec des thèmes insolites.
Ce type de musée entraîne une certaine curiosité, voir des choses que l'on ne verrait pas dans un musée traditionnel et d'attirer en l’occurrence un nouveau public, plus jeune que la moyenne.
Ces musées rencontrent un vif succès. On peut citer le musée des cheveux qui a été créé sur trois sites au Japon et aux États-Unis ! Le musée des amours brisés à Zagreb a accueilli plus de 40 000 visiteurs en 2012 (Le Monde 17-08-2013).
On peut se demander ce que valent vraiment ces objets ? Sont-ils dignes d'être placés dans des musées ? Une tondeuse à gazon a-t-elle autant sa place qu'un tableau de Van Gogh ou une sculpture antique ?
Il faut croire que oui. Ce type de musée permet de donner de l'importance aux objets de notre quotidien, de retracer leur histoire. Et même si placer ces objets dans un musée peut sembler ridicule aujourd'hui, ils auront pour certains une valeur patrimoniale dans plusieurs siècles. 

Laura VUILLEMIN

samedi 3 mai 2014

L’art contemporain objet / victime du questionnement abrupt



« Aquoi sert le FRAC Bourgogne ? » c’est ainsi qu’était intitulée la chronique du magazine bourguignon Le miroir du 21 janvier 2014. Si la question est abrupte, elle ne saurait être toujours évitée. Mais, qui la poserait telle quelle à un musée ? Comme eux, les Fonds Régionaux d’Art Contemporain enrichissent et exposent leurs collections. Ils sont cependant confrontés à de nombreuses idées reçues : trop d’œuvres, d’artistes sans importance, et qui ne sont pas exposés, etc. De plus, l’art de notre temps est souvent estimé sous l’angle de sa valeur financière et des potentielles plus-values afférentes. Certains contradicteurs radicaux de l’institution appellent donc à vendre les œuvres. Heureusement celles-ci sont inaliénables car qui peut se targuer d’estimer leur future valeur culturelle et leur réception dans l’avenir ? Le mépris qu’inspirait l’impressionnisme aux acteurs artistiques de son temps devrait nous servir de leçon : qui aurait pu croire à l’époque qu’un musée serait consacré à Monet et que le très large public vouerait une grande admiration à cette peinture ? L’art contemporain est en devenir, toute la difficulté est donc de préserver un patrimoine qui n’est pas encore légitime. Les réactions suscitées par 30ème anniversaire des FRAC  à été l’objet d’une remise en question pour tenter une meilleure adaptation entre missions d’acquisition et ouverture aux publics. Dans le même ordre d’idée le Ministèrede Culture proposait récemment de nouvelles pistes pour la valorisation des collections publiques contemporaines.
Dorine CARTONNET

AMAZONIE : nous avons testé pour vous l’application des musées en réseau

Vous souhaitez découvrir les collections des musées d’Amazonie, mais le temps ou la distance constituent un frein à cette découverte ? Le réseau des musées d’Amazonie – Musée des Cultures Guyanaise, Stichting Surinaams Museum, Museu Paraense Emilio Goeldi- a pensé à vous en créant une application.

Téléchargeable sur le site internet du musée –une seule connexion est nécessaire- ou empruntable auprès de bibliothèques partenaires, cette application vous donnera accès aux projets et catalogues des collections des 3 musées sur vos ordinateurs ! Rapide à télécharger, cette application est simple à utiliser –peu d’onglets, organisation logique-.

Nous avons particulièrement apprécié la couverture photographique des collections et la présentation des 3 musées membres du réseau, même si nous aurions souhaité des notices plus détaillées et un graphisme plus ludique. On souhaiterait un peu plus d’interactivité de l’application. Le concept n'en est pas moins novateur, et l’efficacité de cette application est incontestable. Cette proposition culturelle est à recommander sans hésitation aux professionnels des musées, aux curieux ou aux enseignants n’ayant pas la possibilité d’emmener leurs classes visiter ces musées.

Manon MORGEN

mardi 15 avril 2014

ROME : Saint-Ignace et la gloire profane



Au cœur de Rome, cette église a ouvert dans mon cœur des fenêtres que je croyais fermées. Pratiquante religieuse pendant l’enfance, mais peu fervente, j’ai toujours été sensible à l’architecture et à l’art religieux. J’aime visiter les lieux des cultes et j’arrive toujours à faire des comparaisons entre les styles  roumains et ceux de l’ouest de l’Europe. En Roumanie, l’intérieur des églises orthodoxes est recouvert de fresques qui débordent parfois sur les murs extérieurs. Profondément impressionnée à Saint Ignace ce n’est pas tant l’ampleur du trompe l’œil bien connu qui m’a surprise mais le recours à des allégories profanes ; celles de l’Europe, de l’Afrique, de l’Amérique et de l’Asie. Des symboles « païens », en somme, qui font l’éloge d’une personnalité religieuse dans un lieu de culte. Dans les églises roumaines ce sont seulement les personnages bibliques qui peuvent être peints ou, sur le mur du pronaos, des figures votives. Même le plus célèbre peintre roumain, Nicolae Grigorescu (1838 – 1907), qui a décoré l’église du célèbre monastère moldave d’Agapia, n’a pas osé briser complètement le carcan des traditions.  Il a ajouté de nouveaux thèmes bibliques, peint d’une manière nouvelle, réaliste, dynamique l’ensemble des figures mais il a respecté les coutumes.

Même si la plupart des églises roumaines ne sont pas aussi imposantes, j’ai gardé l’église Saint-Ignace-de-Loyola dans mon cœur grâce aux sentiments qu’elle a provoqués en moi.

Elena TILICA

dimanche 13 avril 2014

L'accessibilité au musée, une chimère ?


Le milieu muséal se montre réactif à la demande sociale portant sur l'accessibilité des lieux culturels. La mise en place de dispositifs de médiation, la réflexion sur les accès physiques ont pour but de servir un idéal commun : le musée pour tous.
L'idée est valorisante et révèle une certaine bonne volonté, mais nous pouvons nous demander quand cet objectif généreux pourra être atteint (s'il peut l'être totalement un jour).
Nous avons de quoi douter au constat de la multiplicité des obstacles auxquels les musées sont confrontés : Les a priori sur l’inaccessibilité des lieux de culture, l’installation des musées dans des lieux difficilement adaptables, la multiplicité des handicaps,… Observons l’écart entre les objectifs élevés et la baisse constante des moyens dont ceux du Ministère de la Culture. L’écart entre les idées généreuses et leur mise en place réelle rend les délais fixés improbables.
Il faudra hélas encore des années avant de trouver les solutions intermédiaires qui rendront les musées accessibles, que ce soit pour les visiteurs empêchés socioculturellement ou physiquement.

Aurore KELLER