lundi 4 janvier 2016

Deutsches Historisches Museum : Un regard nouveau sur la mémoire nationale



 Avec ses 7000 objets exposés, le Deutsches Historisches Museum de Berlin, ou Musée Historique Allemand, présente des collections très riches et  diversifiées mises en valeur par une muséographie de qualité.
Ce musée d’histoire nationale n’a pourtant pas toujours été apprécié à sa juste valeur. A sa création en 1990, au moment de la réunification, l’idée d’une fusion des musées de la République Fédérale et de celui de la République Démocratique, pour former un établissement unique dédié à la mémoire allemande, a soulevé de nombreux débats. La complexité de la reconstruction d’une histoire et mémoire commune a ce moment délicat à fait ressurgir la crainte  du nationalisme et de l’histoire sombre de la Seconde Guerre Mondiale. Les polémiques publiques ont mis en question  la légitimité de ce musée.
Cependant aujourd’hui l’institution, comme il n’en existe pas d’équivalente en France, a réussi à véritablement a trouver toute sa place dans le patrimoine berlinois et allemand. Elle propose un regard nouveau  avec un parcours qui traite de manière égale tous les pans de l’histoire germanique. La salle particulièrement dédiée à la vie d’après 1945 et la séparation entre la RFA et la RDA est intéressante du point de vue muséologique. Le discours sur la vie des deux Allemagne se veut neutre. L’exposition présente ainsi des objets significatifs de même type pour chaque partie, tels que la Trabant de 1962 voiture populaire de l’Est confrontée à la Wolkswagen Coccinelle modèle 1951 pour l’Ouest. Elle met en parallèle des ensembles vestimentaires, d’ameublement ou d'objets du quotidien afin de permettre comparaisons et rapprochements.
Cette recherche d’objectivité pour une histoire difficile est une contribution dépassionnée remarquable par son processus de constitution, même si elle n'apaise pas toutes les tension et qu'elle doit encore évoluer.
 Alizée Nivert
 

La photographie : mise en scène d'une mémoire européenne



L'exposition « Photographie dans la première Guerre Mondiale ».
 
Crée en 2004, le Musée de la Photographie de Berlin  a présenté jusqu'au 22 février 2015 une exposition sur la photographie durant la premièreGuerre Mondiale proposant un tour d'horizon de la production d'images et leurs utilisations par les différents adversaires européens.

De l'image manipulée à l'image capturée en passant par l'image à usage scientifique, la sélection était centrée sur l'usage fait par les différents protagonistes d'un média prolifique. L'exposition n'est pas ici organisée sous la forme d'une suite d'images témoignant de la production photographique de cette période de troubles, mais dans une structure thématique soulignant les fins multiples et parfois peu connues de ce médium.
C'est ainsi que l'on peut par exemple, découvrir un pan très peu abordé de l'usage de la photographie durant la grande guerre qu'est celui de l'anthropologie. En effet, les différents belligérants ont tous appelé aux armes les hommes issus de leurs colonies. C'est ainsi qu'ont pu être menées des études sur la morphologies, les us et coutumes d'hommes venant d'Afrique ou encore d'Inde.
L’accent mis sur l'usage scientifique de la photographie côtoie également les pans dédiés à la manipulation d'images par la propagande, à la représentation crue des champs de batailles parsemés de cadavres de soldats et leurs chevaux et des photographies des ravages provoqués par les bombes sur les constructions ainsi que sur les corps.
La déambulation au sein de cette exposition permettait de voir des images rarement montrées, des prises de vues crues ou orientées, offrant un panorama complet d'une Europe en guerre, où l'image est omniprésente, quel que soit le pays.
 Emma Werler

Deutsches Historisches Museum, mémoire critique et dialogue avec l'Europe


L'Allemagne du XX ème siècle 

            Lors de notre visite au Deutsches Historisches Museum, nous avons eu l'honneur d'être reçus par la conservatrice Frau Doktor Rosmarie Beier-de Haan.Lors de l'entretien, nous avons échangé autour de la question du choix du discours scientifique adopté dans cette structure retraçant l'histoire du pays depuis le Vème siècle.
C'est sur l'époque contemporaine que l'échange fut le plus riche. En effet, le choix d'un discours scientifique concernant l'histoire contemporaine pose une question essentielle : quelle Allemagne présenter ?
Les échanges ont permis de découvrir le point de vue développé dans le musée quant à l'approche de la seconde Guerre Mondiale et du nazisme. Poser aujourd'hui la question en France du choix civil de la résistance ou de la collaboration semble vain, tant l'imaginaire collectif a placé la résistance comme l'évidence du seul comportement à adopter. Et pourtant, cette évidence n'a pas place en Allemagne.
  Un autre aspect délicat est celui- qui s'est posé après la réunification- quant à la présentation d'une Allemagne qui pendant près de quatre décennies présente une histoire séparée. Quel point de vue adopter ? Cette question née du processus de réunification a été résolue par la mise en place d'une équipe scientifique issue des deux Allemagnes.
  Aborder des sujets délicats, mêlant histoire, politique et vie citoyenne semble être un cheval de bataille pour ce musée berlinois. Des expositions conçues en collaboration avec d'autres institutions fleurissent, engrangeant une réflexion sur l'interaction du pays avec les pays limitrophes, comme avec l'exposition « Fremde-Etrangers ? Images de l'Autre en Allemagne et en France depuis 1870 »  réalisée avec la Cité nationale de l'Histoire de l'immigration de Paris.
Avec l'Allemagne comme point de départ, le musée se place dans un contexte social qui inclut les relations à l'Autre, cette altérité amie ou ennemie,constitutive d'une Histoire allemande non plus refermée sur elle même mais ouverte à l'Europe. 
 EmmaWerler





mardi 21 avril 2015

La Stiftung Stadtmuseum Berlin : cinq espaces d'exposition pour un grand musée Berlinois



À la réunification, une douzaine de musées berlinois ont fusionné pour donner naissance au Stiftung Stadtmuseum Berlin. Cette fondation comprend le Märkisches Museum, principal musée de l'histoire de la ville mais également quatre autres espaces d'exposition :

La Nikolaikirche est l'un des plus vieux et emblématique bâtiment de Berlin. Située en plein centre de la ville, l'église s'est transformée en musée en 1987, après sa reconstruction (elle était en ruines suite aux bombardements de la seconde guerre mondiale). Aujourd'hui, elle abrite des espaces d'exposition mais sert également pour des concerts.

Le palais Ephraim existe depuis le 18e siècle mais son histoire est intimement liée à la scission de Berlin pendant la guerre froide. En effet, des morceaux de la façade du bâtiment conservés à l'Ouest nourrissent d'abord un projet de reconstruction du palais côté Ouest en 1982. Finalement, le projet est abandonné et l'Est récupère les éléments détenus à l'Ouest par un échange de biens culturels. Aujourd'hui, il est utilisé pour les expositions temporaires du Märkisches Museum.

La Knoblauchhaus est une bâtisse à l'intérieur  typique du 18e siècle. Appartenant à l'origine à la riche famille Knoblauch, elle fait désormais partie du  Stiftung Stadtmuseum Berlin. Enfin, le Museumsdorf Düppel est un musée de plein air reconstituant un village médiéval, dans lequel les visiteurs découvrent les façons de vivre des siècles passés mais peuvent également participer à de nombreux ateliers.

Avec le Märkisches Museum, on compte donc cinq espaces d'exposition pour le musée de la ville de Berlin, qui aujourd'hui étudie un projet de fusion de ces cinq espaces en un seul ! 
Rozenn Poupon

Märkisches Museum : deux cultures en dialogue pour créer un seul musée


Installé dans un bâtiment atypique, à l'architecture spécialement créée pour lui, le Märkisches Museum est le musée de la ville de Berlin (http://www.stadtmuseum.de/maerkisches-museum-0). Nous y avons été accueillis par le Docteur Claudia GEMMEKE, qui nous a fait visiter ce bâtiment à l'histoire riche et mouvementée.

Sa création remonte à 1901 (il a été achevé en 1908), et il est détruit et reconstruit après les bombardements de la seconde guerre mondiale. Quand le mur de Berlin est érigé, le musée devient celui de Berlin-Est. À l'Ouest, les berlinois n'ont ni collections, ni musée, et décident de bâtir le Berlin City Museum. À la chute du mur en 1989, on ne sait que faire des deux musées, et c'est finalement en 1995 qu'ils sont tous deux fusionnés (avec 11 autres « micro-musées » de la ville).

La réunification a deux effets singuliers : d'une part un afflux de personnel, et de l'autre une augmentation impressionnante des collections. En effet, la fusion des musées voit arriver plusieurs professionnels par poste, et le musée décide de ne licencier personne, simplement de ne pas remplacer les personnes à leur départ. La nouvelle institution se trouve dotée d’une collection immense : 5,5 millions d'objets ! On y trouve notamment des tableaux, photographies, de la vaisselle, et objets symboliques comme par exemple le globe terrestre qui aurait été (un doute subsiste !) dans le bureau de Hitler.

Faute de pouvoir faire appel à une mémoire partagée les collections très éclectiques sont disposées de façon à inviter le visiteur à suivre un parcours topographique : aux lieux symboliques de l'histoire berlinoise sont associés des objets.

Excentré par rapport aux autres musées de la ville, le Märkisches Museum reste cependant par le biais de ses collections mais aussi de son histoire et celle de son bâtiment une étape intéressante pour comprendre l'histoire de la ville frontière qu'a été Berlin. 
Rozenn Poupon

vendredi 17 avril 2015

DER BLITZ – L'ECLAIR



Un espace qui permet d’incarner l’absence
 
            Surnommé ainsi par les Berlinois, le musée Juif résulte d'un concept scénographique complexe et lourd de sens porté par l’architecte Daniel Libeskind. Le bâtiment du musée, ouvert en 2001, revêt des parois de zinc et de bétons, aux césures vives, aux angles cassants et aux lignes tortueuses, lui donnant la forme d'un éclair.
  Passé l'entrée, le visiteur descendu sous terre, est en immersion. Dès lors, nos sens, nos repères et notre orientation sont mis à l'épreuve. L'espace s'ouvre sur trois grands axes préfigurant la continuité, l'exil et la mort, dont seul le premier mène à l'exposition permanente située aux étages.    
   L'architecture est alors au service de la mémoire de ces événements vécus par les juifs allemands et rend palpable ce qui ne peut être dit ou montré: les sentiments et le ressentit. Le visiteur erre dans des couloirs déstructurés aux sols penchés, aux jeux de lumières et d'ombres saisissant débouchant sur des dispositifs étonnants, que sont la tour de l’holocauste et le jardin de l'exil. L'installation «  Voids » de l'artiste israélien M. Kadishman ponctue aussi le parcours. Particulièrement bouleversante, le visiteur est amené à marcher sur une étendue de disques en fer, reprenant des expressions douloureuses de visages humains. Le moindre pas du visiteur entraîne alors une sonorité de fer entrechoqué, amplifiée par la hauteur du plafond. Tout en le plaçant dans un environnement instable où il peut perdre l'équilibre. Ces trois dispositifs sont les points forts de la volonté de l'architecte : « Faire prendre conscience de la tragédie des expériences vécues par les juifs en Allemagne par le biais d'une architecture imposant physiquement un choc aux visiteurs. »
  L'exposition permanente, retraçant l’histoire de la communauté juive allemande et son apport déterminant à l’histoire de Berlin s'est adaptée au lieu, qui perd alors un peu de sa force. Seule une cage d’escalier magistrale y menant garde cette force. Des poutres traversantes, posées irrégulièrement, semblent peiner à garder l’écartement de parois qui conduisent à une issue murée, inachevée qui contraint le visiteur à redescendre quelques degrés pour accéder à l'espace muséographique en contrebas.
   Une visite déroutante et forte de sens.
Leslie FARDIN